- Intelligence Artificielle
MedGPT au CHU de Poitiers : quand l'hôpital reprend la main sur l'IA de ses soignants
Face à l'usage non encadré de l'IA par ses équipes soignantes, le CHU de Poitiers déploie MedGPT, un assistant conversationnel médical français de Synapse, ancré dans les recommandations institutionnelles.
Équipe ASN
Application Santé Numérique
Le shadow AI, talon d’Achille des hôpitaux
Face à l’essor des assistants d’intelligence artificielle généraliste, les établissements de santé se trouvent confrontés à un paradoxe : plus ils bloquent l’accès à ces outils sur les postes professionnels, plus les soignants les utilisent sur leurs smartphones personnels. Ce phénomène, désigné sous le terme de shadow AI, constitue un risque majeur en termes de sécurité des données et de fiabilité clinique.
C’est précisément ce défi que le CHU de Poitiers a décidé d’affronter en déployant MedGPT, un assistant conversationnel médical développé par la startup bordelaise Synapse.
MedGPT : une IA clinique ancrée dans les sources institutionnelles
À la différence des assistants généralistes comme ChatGPT, MedGPT s’appuie exclusivement sur des sources institutionnelles validées, notamment les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) et les protocoles cliniques reconnus. Les soignants peuvent interroger l’outil sur les posologies, les protocoles de prise en charge ou les bonnes pratiques, avec l’assurance d’obtenir des réponses cohérentes avec le cadre réglementaire français.
Le CHU de Poitiers a retenu cette solution pour plusieurs raisons. Marie Favre, directrice des systèmes d’information, souligne que l’ancrage français de Synapse et le respect des exigences de sécurité des données ont été déterminants dans le choix. Un critère a cependant emporté la décision : la gratuité de l’accès.
Reprendre le contrôle plutôt qu’interdire
Le Dr Guillaume Herpe, porteur du projet au CHU de Poitiers, est direct : “Au CHU, l’accès aux IA est bloqué sur les ordinateurs professionnels, mais nous savions que les équipes utilisaient leurs téléphones.”
Plutôt que de tenter une interdiction impossible à tenir, l’établissement a opté pour une stratégie de canalisation : proposer une alternative maîtrisée, sécurisée et fiable pour répondre aux besoins réels des professionnels de santé. L’outil est actuellement en version bêta ; les données d’usage, collectées de façon anonymisée, servent à améliorer le service et à identifier les besoins de formation des équipes.
Un déploiement national en accélération
Le CHU de Poitiers n’est pas un cas isolé. Trois CHUs sont déjà partenaires de Synapse : Poitiers, Bordeaux et Brest. La société ambitionne de couvrir 50 % des centres hospitaliers universitaires français d’ici la fin 2026.
Ce déploiement s’inscrit dans une dynamique plus large : après les expérimentations d’assistants vocaux (VOCCA à la Fondation Rothschild, Philips SpeechLive Health), les établissements cherchent désormais à structurer leur gouvernance IA plutôt qu’à en bloquer l’accès. L’enjeu n’est plus de savoir si l’IA entrera dans les hôpitaux — elle y est déjà — mais de déterminer comment l’institution peut en rester maître.
Les directions informatiques hospitalières sont ainsi amenées à jouer un rôle inédit : non plus gardiens d’une frontière poreuse, mais architectes d’un usage souverain et sécurisé de l’intelligence artificielle au service du soin.
Sources
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