- Reglementation
DMP : un rapport de l'Igas pointe une sous-alimentation persistante par les médecins libéraux
Un rapport de l'Igas et de l'IGF révèle que le dossier médical partagé reste très inégalement alimenté par les médecins libéraux, avec un fossé marqué entre généralistes et spécialistes.
Équipe ASN
Application Santé Numérique
Publié fin août 2026 et largement commenté début septembre, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), réalisé conjointement avec l’Inspection générale des finances (IGF) dans le cadre d’une mission sur le temps de travail des médecins, dresse un constat sévère sur l’alimentation du dossier médical partagé (DMP) par les médecins libéraux.
Un fossé net entre généralistes et spécialistes
Le rapport chiffre précisément le retard pris par la profession. Si les médecins généralistes affichent un taux d’atteinte de l’objectif fixé par les pouvoirs publics d’environ 40 %, avec un taux moyen d’alimentation du DMP de 30,9 %, la situation est nettement plus préoccupante chez les spécialistes : seuls 10,7 % d’entre eux alimentent en moyenne le DMP de leurs patients, et certaines spécialités comme l’anesthésie, l’ophtalmologie ou la chirurgie n’atteignent l’objectif que dans 0,2 % à 4 % des cas.
Ces écarts se retrouvent sur l’ensemble des indicateurs numériques suivis par la mission : équipement Ségur (87,8 % des généralistes contre 62,8 % des spécialistes), usage de logiciels certifiés HAS (89,6 % contre 38,4 %) ou recours à l’ordonnance numérique (29,3 % contre seulement 7,9 %).
Une offre logicielle fragmentée pointée du doigt
Parmi les causes identifiées, l’Igas met en avant l’extrême fragmentation du marché des logiciels métier : 133 éditeurs et 201 solutions différentes se partagent le marché, ce qui complique l’interopérabilité et ralentit l’adoption homogène des usages numériques prévus par le Ségur du numérique en santé.
Vers un renforcement des incitations, voire des sanctions
Face à ce constat, l’Igas recommande de « renforcer les incitations ou les sanctions » afin que le DMP devienne « un outil pleinement mobilisable au quotidien par l’ensemble des médecins ». Cette piste fait écho aux discussions autour du PLFSS 2026, qui pourrait introduire des mécanismes financiers destinés à responsabiliser les professionnels les moins engagés dans l’alimentation du dossier.
Un enjeu structurant pour la coordination des soins
Au-delà de la seule conformité réglementaire, l’enjeu est celui de la fluidité du parcours de soins : un DMP correctement alimenté doit permettre de limiter les pertes de temps liées à la recherche de documents médicaux, d’éviter les redondances d’examens et de mieux sécuriser la coordination entre médecine de ville et établissements de santé. Ce constat relance également le débat sur l’adéquation entre les modèles économiques des éditeurs de logiciels métier, souvent peu incités à prioriser l’alimentation du DMP dans leurs interfaces, et les objectifs de santé publique portés par l’Etat.
Le sujet s’annonce comme l’un des points de vigilance du prochain exercice budgétaire, alors que la Caisse nationale d’assurance maladie et l’Agence du numérique en santé cherchent à consolider les usages du Ségur numérique au-delà du seul taux d’équipement.
Sources
- L’Igas déplore l’insuffisante alimentation du DMP par les médecins libéraux — TICsanté
- Dossier médical partagé : les médecins l’alimentent trop peu, déplore un rapport — ConcoursPluriPro
- DMP : même les médecins généralistes ne sont que 40 % à remplir l’objectif — Le Moniteur des Pharmacies
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