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Doctolib lance son IA sur les données de santé : la polémique de l'opt-out
Doctolib annonce un laboratoire de recherche en IA et un projet de trois ans exploitant par défaut les données de santé de millions d'utilisateurs, relançant le débat sur le consentement.
Équipe ASN
Application Santé Numérique
Doctolib a annoncé le 15 juillet 2026 la création d’un laboratoire de recherche en santé et le lancement de son premier projet d’intelligence artificielle, baptisé « améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle ». Mais c’est surtout la mécanique de collecte des données qui alimente une polémique montée en puissance depuis le 8 juillet.
Un projet de trois ans avec Inria, Inserm et Université Paris Cité
Porté par une équipe de recherche associée à trois institutions scientifiques françaises de premier plan — Inria, Inserm et Université Paris Cité — le projet doit démarrer en août 2026 pour une durée de trois ans. Objectif affiché : repérer plus tôt certains risques de santé et améliorer la prise en charge des patients, en s’appuyant sur les données démographiques et de santé des utilisateurs de la plateforme, mais aussi de leurs proches rattachés au compte, qu’elles proviennent de patients ou de soignants.
Cette initiative prolonge une stratégie IA engagée par Doctolib depuis plusieurs mois, avec des partenariats annoncés en novembre 2025 et février 2026, dans le prolongement du partenariat déjà noué avec le CHU de Nantes pour l’évaluation de l’IA en conditions réelles.
Opt-out plutôt que consentement explicite : ce que dit la CNIL
C’est le cœur de la controverse. Doctolib s’appuie sur la méthodologie MR-004 de la CNIL, un référentiel qui autorise le traitement de données de santé à des fins de recherche sans consentement explicite, dès lors que les personnes sont informées et disposent d’un droit d’opposition effectif. Concrètement, les utilisateurs sont inclus par défaut dans le dispositif et doivent effectuer une démarche active pour s’en exclure — un mécanisme classique d’« opt-out » plutôt que d’« opt-in ».
Doctolib a informé ses utilisateurs par e-mail à partir du 8 juillet, avec une procédure de refus accessible via un lien puis un encadré dédié, sans impact sur l’accès au service. Les données sont conservées pendant cinq ans maximum. Point notable souligné par plusieurs observateurs : une fois la recherche engagée, la suppression des données déjà intégrées devient impossible, afin de préserver la validité scientifique des travaux.
Interrogée sur la légalité du dispositif, la CNIL a indiqué ne pas être « en mesure de se prononcer » à ce stade — une réponse qui alimente l’incertitude juridique plutôt que de la clore.
Une reprise médiatique massive
Le sujet a été relayé très largement au-delà de la presse spécialisée santé numérique : DSIH, Journal du Geek, Génération-NT et Les Carnets du Business ont tous publié des guides pratiques pour aider les patients à s’opposer au traitement de leurs données. Cette affaire s’inscrit dans le prolongement d’une controverse plus ancienne sur le partage de notes médicales avec des sous-traitants américains (Google, Microsoft, Anthropic), révélée par Le Canard Enchaîné, que Doctolib avait dû clarifier.
Un enjeu de souveraineté et de doctrine
Au-delà du cas Doctolib, l’épisode ravive un débat structurel pour le secteur : jusqu’où un acteur privé, en position quasi incontournable dans la prise de rendez-vous médicaux en France, peut-il s’appuyer sur l’intérêt légitime et l’opt-out pour entraîner des modèles d’IA sur des données de santé ? La CNIL a par ailleurs rappelé qu’une base de données servant plusieurs projets de recherche successifs peut, à terme, constituer un entrepôt de données de santé, soumis à des règles de gouvernance spécifiques — un rappel qui fait écho à sa première sanction contre IQVIA sur ce même sujet quelques semaines plus tôt.
Sources
- Doctolib crée un laboratoire de recherche en santé et annonce un premier projet d’IA sur les parcours de soins — DSIH, 15/07/2026
- Doctolib veut alimenter son IA avec vos données de santé, voici comment refuser — Journal du Geek, 15/07/2026
- Doctolib veut utiliser vos données de santé pour l’IA : voici comment vous y opposer — Génération-NT
- Doctolib se lance dans l’IA avec les données de ses utilisateurs — Les Carnets du Business
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