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Arnaud Vanneste : « Il faut créer une galaxie de systèmes d'information publics »

Arnaud Vanneste, DG du CHRU de Nancy, appelle à une rupture organisationnelle et numérique : créer des systèmes d'information publics territoriaux pour sortir de la dépendance aux éditeurs privés et faire face au vieillissement démographique.

Équipe ASN

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Application Santé Numérique

Arnaud Vanneste : « Il faut créer une galaxie de systèmes d'information publics »

Le système de santé français est confronté à une double pression : le vieillissement accéléré de la population et l’explosion des maladies chroniques. Pour Arnaud Vanneste, directeur général du CHRU de Nancy, la réponse ne viendra pas des technologies seules, mais d’une refonte profonde de l’architecture des systèmes d’information. Dans une interview publiée le 24 mars 2026 sur DSIH, il expose une vision ambitieuse : construire une galaxie de systèmes d’information publics.

Un diagnostic sans détour : la fragmentation freine la transformation

Le constat dressé par Arnaud Vanneste est sévère. Les établissements de santé français opèrent sur des SI cloisonnés, développés par des éditeurs privés dont les logiques commerciales divergent des besoins du service public. Cette fragmentation empêche toute vision populationnelle cohérente et alourdit les coûts d’intégration.

Face au vieillissement démographique et à l’augmentation des pathologies chroniques, cette dispersion des données et des outils n’est plus tenable. Les directions hospitalières peinent à piloter leur territoire faute d’indicateurs consolidés. Les professionnels perdent du temps à naviguer entre des interfaces disparates, au détriment du soin.

La vision : des SI territoriaux, publics et partagés

Arnaud Vanneste appelle à une rupture organisationnelle et numérique structurée autour de trois axes :

1. Des infrastructures informatiques publiques à l’échelle régionale

L’idée centrale est de créer des systèmes d’information mutualisés, déployés à l’échelle des territoires de santé, sous maîtrise publique. Ces plateformes partagées permettraient à tous les acteurs d’un bassin de population — hôpitaux, médecins de ville, structures médico-sociales — d’accéder à une information unifiée sur le parcours du patient.

2. La responsabilité populationnelle comme moteur

Ce modèle territorial n’est pas une fin en soi : il vise à donner aux établissements la capacité de piloter l’activité globale de leur territoire, d’anticiper les besoins, de coordonner les prises en charge et de réduire les hospitalisations évitables. C’est un changement de paradigme : passer de la gestion d’un établissement à la gestion d’une population.

3. Réduire la dépendance aux solutions propriétaires

Vanneste insiste sur la souveraineté numérique : les hôpitaux publics doivent réduire leur dépendance structurelle aux éditeurs privés. Des SI publics partagés, conçus avec des standards ouverts et des architectures interopérables, constituent selon lui la seule voie viable à long terme pour éviter la captivité contractuelle et les surcoûts associés.

L’IA : un outil, pas une solution miracle

Dans cette vision systémique, l’intelligence artificielle tient une place volontairement secondaire. Elle n’est qu’un levier parmi d’autres, utile uniquement si elle s’appuie sur des données consolidées et des SI bien architecturés. Miser sur l’IA sans avoir résolu la fragmentation des données revient à construire sur du sable.

Ce positionnement tranche avec le discours dominant qui présente l’IA comme la réponse universelle aux défis de la santé. Pour Vanneste, la priorité reste la réorganisation structurelle : intégration des données, coordination des acteurs, gouvernance territoriale.

Un signal fort pour la politique numérique nationale

Cette prise de position d’un directeur général de CHRU résonne particulièrement dans le contexte de la doctrine numérique en santé 2026, qui appelle à renforcer l’interopérabilité et l’usage des référentiels communs. Elle interroge aussi la capacité des programmes nationaux — Ségur numérique, Mon Espace Santé — à véritablement dépasser la logique d’équipement pour atteindre une logique de transformation systémique.

La création d’une galaxie de SI publics territoriaux représente un chantier de long terme, qui suppose une volonté politique forte, des investissements mutualisés et une gouvernance partagée entre État, ARS et acteurs locaux. Mais pour Arnaud Vanneste, c’est le seul chemin crédible vers un système de santé numérique réellement souverain et au service du patient.

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