Cédric Millauriaux

Cédric Millauriaux

Fondateur de Dinno, agence de développement d'applications de santé

Révision réglementaire :

9 min de lecture

En bref

Un logiciel est un dispositif médical s'il a une finalité médicale : diagnostic, prévention, contrôle, traitement ou atténuation d'une maladie. Ni la technologie, ni le type d'utilisateur, ni le canal de vente n'entrent en jeu. Le critère décisif est la destination que vous revendiquez — dans votre notice, votre site, vos supports commerciaux. Le raisonnement doit être documenté : un partenaire, un investisseur ou une autorité vous demandera pourquoi vous avez conclu ce que vous avez conclu.

Questionnaire de qualification : votre logiciel est-il un dispositif médical ?

Six questions au maximum, fondées sur les critères du règlement (UE) 2017/745 et du guide MDCG 2019-11. Le résultat est une orientation argumentée, pas un avis réglementaire : la qualification reste de la responsabilité du fabricant.

Mon logiciel est-il un dispositif médical ? La méthode de qualification

La qualification est un raisonnement, pas une intuition. Elle se conduit en quatre temps et se conclut par un document écrit.

1. Formuler la destination revendiquée

Tout part de là. La destination — ce à quoi vous dites que votre produit sert — est ce qui déclenche ou non la qualification. Elle s’apprécie à travers l’ensemble de vos supports : notice, documentation, site, argumentaire commercial, démonstrations.

Écrivez-la en une phrase. Si vous n’y arrivez pas, la qualification est impossible — et c’est déjà un signal sur la maturité du positionnement produit.

Un exercice utile : comparer la phrase que vous écririez dans un dossier réglementaire à celle que votre commercial emploie face à un prospect. Quand les deux divergent, c’est presque toujours la seconde qui vous sera opposée.

2. Vérifier la finalité médicale

Le règlement vise les produits destinés à un usage de diagnostic, prévention, contrôle, traitement ou atténuation d’une maladie, d’une blessure ou d’un handicap.

Trois questions concrètes :

  • Votre logiciel produit-il une information nouvelle à partir de données de santé, ou se contente-t-il de les stocker, transmettre, afficher ?
  • Cette information est-elle utilisée pour une décision concernant un patient identifié ?
  • Cette décision est-elle de nature diagnostique ou thérapeutique ?

Trois « oui » orientent fortement vers la qualification. Le MDCG 2019-11 fournit l’arbre de décision détaillé et les cas d’illustration.

3. Passer les cas frontières en revue

C’est là que se joue la difficulté réelle.

Le stockage et la transmission. Un système qui archive, transfère ou affiche sans traitement n’a pas de finalité médicale propre. Attention toutefois : compresser, reconstruire ou améliorer une image peut déjà constituer un traitement.

Le calcul simple. Restituer une formule connue est généralement neutre. Interpréter le résultat, l’assortir d’un seuil ou d’une recommandation ne l’est plus.

Le module dans un ensemble. Un module peut être un dispositif médical alors que le logiciel qui l’héberge ne l’est pas. La qualification s’apprécie module par module, ce qui ouvre une stratégie utile : isoler le module concerné plutôt que de faire basculer tout le produit.

L’aide à la décision « non contraignante ». Beaucoup d’équipes espèrent échapper à la qualification en précisant que la décision finale revient au professionnel. Cet argument est faible : la règle 11 vise précisément les logiciels fournissant des informations utilisées pour prendre des décisions, sans exiger qu’elles s’imposent.

Le bien-être. Un produit de bien-être qui ne revendique aucune finalité médicale reste hors champ. Mais la revendication compte plus que l’intention : « améliorez votre sommeil » et « détectez vos apnées du sommeil » ne relèvent pas du même régime.

4. Documenter la conclusion

Quelle que soit la réponse, produisez un document qui expose la destination revendiquée, les critères examinés, les cas frontières écartés et la conclusion.

Ce document vous servira trois fois : en due diligence d’investissement, en audit client, et le jour où une autorité vous interroge. Une conclusion « nous ne sommes pas un dispositif médical » sans raisonnement écrit ne vaut rien dans ces trois situations.

Le piège du glissement fonctionnel

La qualification n’est pas acquise une fois pour toutes. Le scénario le plus fréquent d’entrée involontaire dans le champ réglementaire n’est pas une erreur d’analyse initiale : c’est l’ajout d’une fonctionnalité.

Un logiciel de suivi ajoute une alerte de dégradation. Un outil de gestion ajoute une détection d’interactions médicamenteuses. Une plateforme de téléconsultation ajoute un questionnaire d’orientation.

À chaque évolution fonctionnelle significative, la question doit être reposée — et c’est un point de contrôle à intégrer à votre processus produit, pas un exercice annuel.

Si la réponse est oui

Elle ne signifie pas l’arrêt du projet, mais un projet différent : une classification selon la règle 11, un organisme notifié dès la classe IIa, un système qualité et un cycle de vie logiciel structurés. Toutes ces exigences sont plus simples à intégrer au démarrage qu’à rattraper.

Questions fréquentes

Qualification DM

Obtenez un avis écrit sur la qualification de votre logiciel (DM ou non) et sa classe

Analyse de votre destination revendiquée, confrontation aux critères du MDCG 2019-11, conclusion argumentée et conséquences chiffrées. Un document opposable à vos partenaires et investisseurs.

Demander un avis de qualification

Édité par Dinno, agence de développement d'applications de santé.