Cédric Millauriaux

Cédric Millauriaux

Fondateur de Dinno, agence de développement d'applications de santé

Révision réglementaire :

9 min de lecture

En bref

Il y a deux rôles possibles et ils n'engagent pas du tout le même projet. Opérateur MSSanté : vous exploitez le service de messagerie, vous êtes raccordé à l'espace de confiance et vos domaines figurent sur la liste blanche de l'ANS. Éditeur de client de messagerie : votre logiciel émet et reçoit à travers l'opérateur d'un tiers, via l'API LPS. La quasi-totalité des éditeurs métier relèvent du second cas — et c'est le référentiel #2, pas le #1, qui s'applique à eux.

Intégrer MSSanté à votre logiciel : opérateur, client de messagerie, API LPS

MSSanté n’est pas une brique qu’on ajoute : c’est un espace de confiance fermé, dont l’Agence du Numérique en Santé fixe les règles et tient la liste des domaines autorisés à y échanger. Avant d’écrire une ligne de code, il faut décider dans quel rôle votre produit y entre — et les deux rôles n’ont ni le même coût, ni le même calendrier, ni le même référentiel.

L’espace de confiance, en une page

Trois pièces le composent, toutes gérées par l’ANS :

  • Les référentiels, qui fixent les exigences de sécurité et d’interopérabilité opposables aux opérateurs et aux éditeurs.
  • La « liste blanche » des opérateurs, qui rassemble les domaines de messagerie autorisés à échanger dans l’espace de confiance. Un domaine absent de cette liste ne reçoit ni n’émet rien.
  • L’Annuaire Santé, qui publie les adresses MSSanté des professionnels et permet à un émetteur de vérifier son destinataire.

Les professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social habilités par la loi à échanger des données de santé ont la responsabilité de s’équiper d’une boîte aux lettres MSSanté. Votre logiciel n’a donc pas à les convaincre d’en ouvrir une : il doit savoir utiliser celle qu’ils ont déjà.

Les deux rôles, et comment choisir

Opérateur MSSanté

L’opérateur exploite le service : il fournit les boîtes aux lettres à ses clients — professionnels libéraux, établissements, structures médico-sociales — et garantit la prise en charge et la bonne délivrance des messages au sein de l’espace de confiance. Il est raccordé techniquement à l’espace de confiance, ses domaines figurent sur la liste blanche, et il relève du référentiel #1 Opérateurs, celui que l’ANS a publié en version 1.4 le 26 mai 2021 et fait évoluer depuis par concertation publique (v1.5 en 2022, v1.6 en concertation du 30 octobre au 17 novembre 2023).

C’est un choix d’exploitant, pas d’éditeur : il engage une obligation de service continue, des domaines à maintenir, une qualité d’annuaire à tenir — l’ANS mène d’ailleurs un effort de dépublication des boîtes inactives, qui pèse sur les opérateurs.

Éditeur de client de messagerie

C’est le cas de la quasi-totalité des logiciels métier. Votre application émet et reçoit à travers l’opérateur du professionnel, sans exploiter de messagerie. Vous relevez alors du référentiel #2 — Clients de messageries MSSanté, publié en version 1.0 le 31 janvier 2023, qui s’applique à tout logiciel mettant en œuvre des fonctions d’émission ou de réception via un opérateur MSSanté.

Ce que la doctrine attend de vous, concrètement : des interfaces standardisées pour utiliser la boîte du professionnel, l’envoi en pièce jointe de documents de santé structurés conformes au CI-SIS, l’intégration automatique en réception dans le dossier patient, et l’accès à l’Annuaire Santé pour le choix du destinataire.

L’API LPS : le point qui décide de votre dette technique

L’interface entre un client de messagerie et un opérateur est normalisée. C’est ce qui permet à n’importe quel éditeur de fonctionner avec n’importe quel opérateur, au lieu de refaire une intégration par fournisseur.

Deux faits à retenir pour arbitrer :

  1. Le Ségur du numérique en santé généralise l’interopérabilité des logiciels métier avec les opérateurs MSSanté, selon le calendrier des couloirs de la vague 2.
  2. Mailiz, l’opérateur national gratuit, a engagé l’arrêt de ses interfaces historiques avec les éditeurs, remplacées par l’API LPS.

Autrement dit : une intégration propriétaire, négociée avec un opérateur en particulier, est un actif qui se déprécie. L’API standard est le seul chemin qui survit au calendrier.

Ce que MSSanté entraîne dans son sillage

Un raccordement MSSanté n’est jamais isolé. Prévoyez au cadrage :

  • Pro Santé Connect pour authentifier le professionnel, puisque l’accès à la boîte suppose une identité vérifiée par carte CPS ou e-CPS. Voir Intégrer Pro Santé Connect à votre application de santé.
  • L’INS côté patient, dès que les messages alimentent un dossier ou Mon espace santé. Voir Intégrer l’INS.
  • L’hébergement HDS, exigé par l’article L. 1111-8 du code de la santé publique dès que vous conservez des données de santé pour le compte d’un tiers. Voir Hébergement des données de santé.
  • Le CI-SIS pour le format des pièces jointes : envoyer un PDF quand un document structuré est attendu revient à échouer l’usage tout en ayant réussi l’envoi.

Le cadre réglementaire, et ce qui bouge en 2026

MSSanté s’appuie sur l’article L. 1110-4 du code de la santé publique (conditions d’échange et de partage entre professionnels), l’article R. 1110-2 (liste des professionnels habilités), la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 pour Mon espace santé, l’article L. 1111-8 pour l’hébergement, et les articles L. 1470-5 et L. 1470-6 qui rendent opposables les référentiels de sécurité et d’interopérabilité.

Le calendrier annoncé par l’ANS mérite d’être noté dans votre plan produit :

ÉchéanceCe qui se passe
T2 2026Concertation publique d’un nouveau dispositif d’intégration des opérateurs dans l’espace de confiance
T4 2026Publication de l’arrêté d’adoption du dispositif, en application de l’article L. 1470-5 du CSP
Vague 2 SégurGénéralisation de l’interopérabilité des logiciels métier avec les opérateurs, selon le calendrier des couloirs

Conséquence pratique : si votre trajectoire suppose de devenir opérateur, les conditions d’entrée vont être redéfinies par arrêté d’ici fin 2026. Décider aujourd’hui de s’appuyer sur un opérateur existant, quitte à réexaminer la question après publication du texte, est la position la moins risquée.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Traiter la messagerie comme un module d’envoi d’e-mail. Le destinataire se vérifie dans l’annuaire, le message se range dans un dossier patient, la pièce jointe a un format attendu. Ce n’est pas un client SMTP de plus.
  • Coder pour un opérateur. Voir plus haut : l’API standard, ou une reprise à brève échéance.
  • Oublier le sens des échanges avec l’usager. Le patient ne peut pas initier la conversation, sauf exception : un parcours conçu à l’envers ne fonctionnera jamais, quelle que soit la qualité du code.
  • Repousser Pro Santé Connect. Le raccordement PSC comporte des délais administratifs qui se comptent en mois ; lancé après le développement de la messagerie, il décale toute la mise en production.

Questions fréquentes

Sources officielles

MSSanté

Raccorder votre logiciel à MSSanté : cadrage et chiffrage

Choix du rôle, sélection de l'opérateur, implémentation de l'API LPS, pièces jointes conformes au CI-SIS, articulation avec Pro Santé Connect et l'hébergement HDS.

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Édité par Dinno, agence de développement d'applications de santé.